Draguignan recèle un petit trésor muséographique dédié aux arts et traditions populaires de moyenne Provence. Bien caché dans la petite rue Joseph Roumanille, derrière le Tribunal, le musée donne une vision différente de la région varoise en retraçant l’époque où la Provence vivait de l’agriculture et de l’artisanat . Les salles d’expositions sont aménagées au rez-de-chaussée et sur trois étages. La première est consacrée aux outils en rapport avec les travaux des champs comme le dépiquage du blé, la viticulture, et l’oléiculture. Ils sont placés dans des compartiments vitrés indépendant les uns des autres. Des maquettes montrent les différentes étapes de la fabrication du vin et de l’huile d’olive. Un peu plus loin dans la salle, un atelier de bouchonnier du XIX° siècle est reconstitué. Aucun commentaire écrit ne précise les diverses procédures du travail mais le visiteur peut le deviner rien qu’en regardant l’évolution de la transformation du liège. Il se crée un dialogue entre les objets et le spectateur. Le faible éclairage de la salle renforce cette atmosphère d’intimité. Le rez-de-chaussée communique avec une cour couverte où sont entreposés des charrettes, des carrioles et des carrosses.
D’autres activités champêtres comme l’élevage ovin, la chasse et l’apiculture sont présentées au premier étage. Une vitrine est dédiée à la production de tomettes. Ce petit carreau de céramique hexagonal rouge brique a été longtemps utilisé dans toutes les demeures de Provence. Cependant, il en existait de formes et de styles variés. Certains pouvaient être jaune avec des motifs ou bien d’un format carré. En gravissant les escaliers pour atteindre le second niveau, votre regard plonge vers une reproduction d’un atelier de cordonnerie du XIX° siècle. Il ne manque que le cordonnier pour vous croire dans un autre lieu et dans un autre temps. Au deuxième étage, la vie domestique provençale se matérialise devant vous. Sur une table, le couvert est mis. Une miche de pain attend d’être consommée. Des lunettes posée sur un carnet, Le petit provençal à côté, votre hôte s’est absenté quelques instant pour vous laissez le temps d’appréciez les charmes d’une authentique cuisine provençale avec son âtre, son assortiment de vaisselles et de faïences de Moustier ou de Varages. La visite reprend avec l’exposition de costumes provençaux. Chaque classe sociale a son propre habillement. Cette différence est plus marquée sur les vêtements féminins. Ainsi, nous pouvons distinguer la paysanne de l’artisane et de la bastidane (épouse d’un propriétaire terrien). Cette évocation des tenues traditionnelles font écho à celles exposées au Musée Arletan à Arles. Quelques instruments de musique complètent la collection de vêtements. Ils rappellent les danses et les fêtes provençales devenues de nos jours plus touristiques qu’authentiques. Emprisonné dans son carcan de verre, un cheval fringant attend qu’on le libère. Ce type de costume est représenté dans la peinture de la Fête-Dieu (XVIII° siècle) du paravent appartenant aux collections du musée du Vieil-Aix. Ces chevaux en carton peint, que les cavaliers adaptaient à leur ceinture, exécutaient diverses manœuvres d’équitation lors des carnavals et d’autres manifestations comme la Fête-Dieu. Au troisième étage du musée, les différentes étapes et techniques de la sériciculture (élevage des verres à soie) sont exposées. Une dernière salle est consacrée à des expositions temporaires.
Pourquoi s’intéresser à un musée des arts et traditions populaires ? Parce ces collections appartiennent à divers domaines : aux arts décoratifs (mobilier), au patrimoine ethnographique mais aussi au patrimoine culturel immatériel. Selon l’article 2 de la Convention du 17 octobre 2003 adoptée par l’Unesco, il se défini par l’ensemble des « pratiques, représentations, expressions, connaissances et savoir-faire - ainsi que les instruments, objets, artefacts et espaces culturels qui leur sont associés - que les communautés, les groupes et, le cas échéant, les individus reconnaissent comme faisant partie de leur patrimoine culturel. Ce patrimoine culturel immatériel, transmis de génération en génération, est recréé en permanence par les communautés et groupes en fonction de leur milieu, de leur interaction avec la nature et de leur histoire, et leur procure un sentiment d'identité et de continuité, contribuant ainsi à promouvoir le respect de la diversité culturelle et la créativité humaine. »
Cette notion de patrimoine n’est pas ou peu étudier dans le contexte des recherches en histoire de l’art. Or, il est le plus précieux de tous car il tend à disparaître sous la poussée d’une uniformisation culturelle. Ainsi le musée de Draguignan est un des rares à donné un aperçu historique et réaliste d’une Provence que l’on a tendance à schématiser par son folklore hérité du Félibrige ou par l’étude de quelques villes non représentatives d’une région hétéroclite. Ce musée peut s’inscrire dans un parcours dédié aux arts et traditions provençales dont le musée Arletan, du Vieil-Aix, la Maison diamantée de Marseille et bien d’autres peuvent devenir des étapes.